Au fil du temps

 

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Au fil du temps

'Sylvain Berkowitsch: métier? Antiquaire.', Vernal Jean-Luc

'-"Antiquaire? Non, ce n'est pas vraiment un métier. C'est bien plus que ça...C'est une vocation d'abord, une tradition familiale parfois- en tout cas en ce qui me concerne puisque mon père l'était et m'a transmis sa compétence et son avenir. Mais c'est avant-tout une grande passion dévorante au point où lorsqu'on trouve une super belle pièce on a envie de la garder pour soi."
Jeune, dynamique et bougrement sympa, Sylvain accueille les amateurs de beaux objets dans sa galerie. "Au fil du temps" situé dans le quartier du Sablon(41 rue Lebeau à Bruxelles). Comme il est l'un des meilleurs spécialistes et connaisseurs des XVIIIième et XIXième siècles, on y trouvera de nimbreux bronzes, du XIXième signé Jef Lambeaux, Constantin Meunier, Villanis, etc... De çi, de là, du mobilier Art Déco (Thonet, Hoffman...), des objets Art Nouveau et encore des peintures, des céramiques, des pièces d'argenterie et puis, peut-être là, dans un coin plus ombré, la pièce que vous recherchiez de puis plus de dix ans... Et enfin, trônant en bonne place, quelques précieux vases de la fabrique des frères Boch: Kéramis à La Louvière, signé Charles Catteau.

Passion dans la passion
Oui, depuis plusieures années c'est la nouvelles marotte de Sylvain, traquer les vases de Catteau ou de la fabrique Kéramis. Ceux-ci sont très appréciés des collectionneurs (à commencer par lui-même) et particulièrement aux Etats-Unis, où ils connait beaucoup de monde. Belge, la famille Boch commença d'abord à produire au Luxembourg, dès 1767, de la poterie. Après la séparation de la Belgique et du Luxembourg en 1839, la famille s'installa en Belgique, et en 1841, fonda la fabrique Kéramis à LA Louvière. Pendat plusieures années, la production de Boch Frères consistait en une grande quantité d'objets en faïence ou en grès, pour la plupart des imitations de pièces de Rouen ou de Delft.

Un peu d'histoire
C'est seulement en 1906, lorsque Charles Catteau rentra dans la fabrique pour devenir directeur artistique que la céramique stylisée. Dans les années 1920, elle prospérait toujours sous la direction de Catteau qui devint célèbre par sa création de céramiques élaborées aux motifs stylisés de la faune et de la flore. On retrouve dans l'ensemble de sa création à la fois du Japonisme, de l'Art Africain, du Cubisme et de l'Avant-garde. Boch frère et la compagnie française Longwy étaient tous deux connues pour leur façon d'utiliser les techniques de vitrification destinées à donner l'illusion de l'émail cloisonné. Cette technique consiste à appliquer plusieurs couches de vernis coloré sur un fond qui peut être craqueler ou uni.
L'expérience de Catteau, son étonnante créativité et sa façon d'allier la forme et le sujet ont donné l'image de la marquede la firme. Aussi, en 1925 lors de l'Exposition Universelle de Paris il remporta le grand prix pour la réalisation de ses vases.
Voici pour le cardre historique de la passion de Syvain mais il est évident que la passion transcende toujours le cadre trop étroit de l'Histoire. Pour Sylvain c'est beaucoup plus qu eça il n'y a qu'à voir la lumière étonnante, presque magique qui s'allume dans ses yeux lorsqu'il en parle." - Jean-Luc Vernal

Articles parus dans la presse écrite et digitale



Art Deco Event
Du 03/12/2016 au 04/12/2016 - CPI : 03/12/2016 - VERNISSAGE : 02/12/2016

'De nombreux pays du monde, dont les États-Unis ou la France, comptent une "Art Deco Society" réunissant les acteurs culturels, les collectionneurs et amateurs d'Art Déco actifs dans leur pays à la promotion de ce patrimoine. Afin de lancer une telle initiative en Belgique, un petit groupe de professionnels et d'amateurs lancent la "Brussels Art Deco Society". Dans cette perspective, un événement d'un week-end dédié à l’Art Déco, l’Art Deco Event, est mis sur pied à la Ferme Rose d'Uccle les samedi 3 et dimanche 4 décembre 2016. Il réunira une exposition-vente d’objets Art Déco (proposée par des marchands professionnels ou amateurs belges et étrangers, une exposition inédite d’affiches Art Déco issues de la Collection Marcy, célèbre éditeur d’affiches bruxellois. À cette occasion aussi, des expertises gratuites (sur présentation d’objets ou de photos) seront organisées pour le public. Une promenade guidée d’Arkadia sur le thème de l’Art Déco et du Modernisme dans le quartier Coghen sera proposée et le ticket d'accès à l'événement offrira, durant tout le mois de décembre, une réduction aux accès à la Maison van Buuren, située à Uccle, ainsi qu’à la Fondation Boghossian/Villa Empain, avenue Roosevelt. Durant l’événement, le public pourra découvrir deux voitures de collection évoquant la période de l’Art Déco dont une Rolls Royce Phantom et une Bugatti provenant de la collection Field Automobile.'

Lien de l'évènement: http://caracascom.com/fr/art-deco-event/459.html


'Quand Rodin vivait à Bruxelles', Coljon Claire
Le Soir, Jeudi 3 juin 2010


'En 1873, ce dernier a 33 ans et s’associe avec le Belge Van Rasbourgh afin de participer aux grands travaux de sculptures ornant les édifices publics nouvellement construits. Un contrat de vingt ans que Rodin rompra en 1877 – date de son retour en France – et qui stipulait que son nom n’apparaisse jamais sur les œuvres monumentales.

De ce contrat datent les cariatides extérieures de la Bourse de Commerce, les statues qui, rue Ducale, couronnent le mur du jardin des Académies, l’Allégorie des provinces pour la salle du trône du palais royal et même le buste de Beethoven, cerné de petits génies ailés et de cariatides, qui orne toujours la façade du conservatoire de musique. Et peut-être, en bronze cette fois, l’un de ces « métiers » qui entourent les Jardins d’Egmont…

Rodin et « Suzon »

S’il exécute des « sculptures artistiques et industrielles », Rodin n’en poursuit pas moins son travail sur le marbre et la création de bronzes qu’il confie à la Compagnie des bronzes. Témoin, ce buste de Suzon, dite aussi La Petite Manon, qu’a choisi de mettre en valeur Sylvain Berkowitsch. Un antiquaire dont la galerie « Au Fil du Temps » est un bonheur pour les amateurs de sculptures, de céramiques – et plus particulièrement des productions Boch des frères Keramis de la Louvière dont il est expert reconnu –, d’objets Art déco, de peintures, voire de luminaires.

Tandis qu’il travaillait avec Van Rasbourgh, Rodin crée Dosia, encore appelée La Lorraine et Suzon. Plus fleurie, plus romantique, la première fut confiée aux fondeurs de la Compagnie des bronzes et est aujourd’hui exposée au Musée Rodin à Paris. Sculptée dans le marbre, la seconde fut acquise en 1875 par cette même Compagnie des bronzes qui utilisa son modèle en plâtre pour en couler de nombreux exemplaires.

Un original de marbre, longtemps non localisé, semble avoir appartenu au collectionneur averti et correspondant du Musée Rodin, Jef Dillen – sur la tombe duquel on découvre, à l’ombre de l’église de Laeken, une épreuve en bronze du grand Penseur.

Celle-là même qui surplombe la tombe de Rodin – puisqu’elle fut vendue par la famille à un antiquaire belge. Un buste de marbre que rachète Sylvain Berkowitsch avant de le céder à un autre antiquaire…

Rodin et la Compagnie des bronzes

Et le modèle de plâtre ? Comme tous les modèles de plâtre, il permet toutes les reproductions ! La Compagnie des bronzes en achète les droits, entreprend d’en éditer de nombreux exemplaires et, parce que son intitulé originel est “Compagnie anonyme pour la fabrication du zinc, du bronze et du matériel d’éclairage”, voici la jeune fille convertie en garniture de cheminée, encadrée d’une paire de candélabres à sept lumières du plus pur style Louis XVI ! Pas de candélabre par contre pour la Suzon exposée au Musée d’Ixelles.

De son séjour à Bruxelles, Rodin garde le souvenir d’années heureuses partagées avec Rose, sa compagne, et de relations suivies avec Emile Verhaeren, Félicien Rops ou encore Constantin Meunier. Celui aussi de l’exposition au Cercle artistique et de littéraire de Bruxelles (1877) où il présente L’âge d’airain, bien avant le Salon des artistes français à Paris qui l’accuse d’avoir moulé sur nature la figure du soldat belge, son modèle.

De son séjour en Belgique, nous conservons le buste du Docteur Jules-Adrien Thiriar, médecin personnel de Rodin mais aussi de la famille royale de Belgique. Puis l’un des douze exemplaires du Monument aux bourgeois de Calais que Raoul Warocqué céda à l’Etat belge en même temps que son domaine et qui est toujours visible au Musée royal de Mariemont.

Pour la petite histoire, signalons qu’un autre exemplaire de ces Bourgeois de Calais fut, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1910, exposé aux étangs d’Ixelles, près du lieu même où Rodin vécut 30 ans auparavant. Une statue acquise par le National Art Collection Fund et exposée à Londres, devant le Parlement, depuis 1915.'


Lien de l'article: http://www.lesoir.be/archive/recup%3A%252Fquand-rodin-vivait-a-bruxelles_t-20100603-00XPKA.html



Privat Livemont, chantre de l’Art nouveau , Coljon Claire 

Le Soir, Mercredi 14 août 2013


'On pensait le connaître, il nous réserve une bien belle surprise…

Une surprise ? Celle de ce vitrail, inconnu à ce jour, acquis par l’antiquaire Sylvain Berkowitsch ! Installé depuis une trentaine d’années dans le quartier du Sablon, expert reconnu des productions Boch frères Keramis de La Louvière, grand amateur de peintures, sculptures et d’objets de l’Art Déco, cette redécouverte le réjouit. « Une pièce muséale ! s’enthousiasme l’heureux homme. Ou propre à séduire l’amateur éclairé, le collectionneur… »

Probablement inspiré par l’estampe d’Hokusaï, la vague au large de Kanagawa, Livemont exécuta en 1897 les cartons préparatoires pour La Vague. Un vitrail destiné à illuminer la salle à manger de son ami, l’architecte Paul Saintenoy. Un second, quasi identique, vient d’être remis en lumière par Sylvain Berkowitsch. « La Vague de l’hôtel Saintenoy a les mains jointes, comme en prière, et est découpée en trois panneaux. Celle-ci est assemblée en quatre panneaux, la jeune femme n’a pas cette position d’orante et certaines couleurs varient, souligne l’antiquaire. Pour les deux, on note la modernité des verres utilisés par Raphaël Evaldre, principal maître verrier à Bruxelles durant la période Art nouveau. Précisons que l’homme était passionné par les matériaux, n’hésitait pas à commander ses verres à l’étranger, qu’il fut le disciple de Louis Comfort Tiffany et participa à la diffusion du verre américain dans l’Art nouveau. Imaginez que l’on retrouve des verres Tiffany dans ce vitrail… »

Art nouveau et symbolisme

« Vagues écumantes, longs cheveux chargés de coquillages, gonflés par les vents, ils sont exploités pour développer les arabesques caractéristiques du style Art nouveau, dont le mouvement violent et multiple contraste avec l’apaisement et l’étirement linéaire des nuages rougeoyants qui occupent la partie supérieure de la composition, commente Benoît Schoonbroodt. L’œuvre est aussi magnifiquement symboliste : vagues et chevelures ondoyantes accompagnent la tourmente d’une femme, sorte de naïade surgie des flots aux prises avec l’infini d’un paysage intérieur qui s’est extériorisé dans la tourmente, dans une sorte d’harmonie avec la nature, pourtant déchaînée. Le dégradé de couleurs participe de la même inspiration symboliste. »

De multiples talents

Né à Schaerbeek en 1861 et décédé en 1936, Privat Livemont fut un artiste aux multiples talents. Il participe à la décoration de l’hôtel de ville de Paris, dresse l’inventaire dessiné du mobilier de la Comédie Française ou les décors d’Hamlet pour l’opéra Garnier. En Hollande, il conçoit les affiches de nombreuses firmes et réalise des travaux décoratifs d’envergure. Il fut – quarante-quatre ans ! – professeur de composition décorative et de peinture de fleurs à l’école industrielle de Schaerbeek, créa des coiffes, des dentelles, des tapisseries et des meubles. Photographe et peintre-décorateur, il décore l’hôtel de M. de Hèle à Bruxelles ou réalise les cartons préparatoires aux panneaux de carrelage qui ornent la Grande Maison de Blanc (32-34 rue du Marché aux Poulets à Bruxelles).

L’homme est aussi peintre de chevalet, affichiste, dessinateur et illustrateur. Il collabore au Monde illustré à Paris, dessine le menu des 50 ans de Schaerbeek et des timbres-poste. Scraffiteur enfin, il suffit au curieux d’arpenter les rues de Schaerbeek le nez en l’air, de s’arrêter devant le 28 avenue Louis Bertrand, la maison Fortin, 6 place des Bienfaiteurs ou le 47 rue Louis Hap, pour admirer ses œuvres…'


Lien de l'article:

http://archives.lesoir.be/privat-livemont-chantre-de-l-art-nouveau_t-20130814-02C2AY.html?queryand=berkowitsch&firstHit=0&by=10&when=-1&begYear=1989&begMonth=01&begDay=01&endYear=2015&endMonth=06&endDay=21&sort=datedesc&rub=TOUT&pos=0&all=10&nav=




Les sculpteurs animaliers d’Anvers, une école oubliée…, Coljon Claire

Le Soir, Mercredi 3 août 2011


'Ce sont ces sculpteurs animaliers du début du vingtième siècle que Sylvain Berkowitsch entend remettre à l’honneur. Spécialisé dans les productions de la manufacture Boch Keramis, grand défenseur de Charles Catteau, expert pour la vente d’une collection de neuf cents vases du céramiste belge à Drouot en 2008, l’antiquaire se passionne pour ces artistes qui, début du XXe, prospéraient aux environs du Zoo. Lequel, riche de nombreuses espèces africaines, aidait et stimulait même les créateurs, leur permettant d’y planter librement leur chevalet ou de dresser leur table de modelage, voire même de leur prêter un atelier ou de travailler près des cages et des fosses.

Une ménagerie artistique

Parmi tous ces artistes, épinglons Raymond de Meester de Betzenbroeck (1904-1995) qui, vers 1930 réalisa un diaporama de quatorze mètres de long représentant la chasse aux éléphants au Congo belge et dont on peut encore admirer un « Lion rugissant « au Parc Malou de Woluwe-Saint-Lambert.

Josuë Dupon (1864-1935), ami de Bugatti et professeur d’Alberic Collin, bien connu pour ses bustes, monuments, décorations murales, médaillons et médailles à qui l’on doit un « Vautour défendant sa proie « (1898), toujours dans les jardins du Musée Royal d’Anvers et le « Chamelier « (1900), impressionnant bronze planté à l’entrée du Zoo d’Anvers.

Puis George Collard (1881-1961) et son frère jumeau, Charles, (1881-1952) dont les aigles, ours ou chevaux ont trouvé leur place dans des collections privées, Rachel Van Dantzig (1878-1949) dont on peut voir des œuvres au Musée Van Buuren de Bruxelles ou encore un « Masque de Mme Cornette-Wagener « au Musée des Beaux-Arts d’Anvers.

Sans oublier Thierry Van Rijswijck (1911-1958) qui sculptait non seulement des animaux exotiques mais aussi des petits chiens d’appartement et des portraits qu’il exécute en bronze, en plâtre ou en terre cuite. Voire en céramique quand il travaille avec Roger Guérin à Bouffioulx ou avec la firme Cérabel de Baudour.

Et, si le plus illustre d’entre eux est Rembrandt Bugatti – dont les œuvres, connues de tous, se vendent désormais à prix d’or ! –, le plus grand est, pour les initiés, Alberic Collin (1886-1962).

La sobriété d’Alberic Collin

Formé à l’Académie d’Anvers, ami de Bugatti, Alberic Collin étudie l’anatomie et le comportement des animaux qu’il sculpte en plâtre, en marbre, terre cuite, en pierre ou en bronze. De ces bronzes, réalisés à la cire perdue et coulés à la fonderie Valsuani au cours des années 20-30, les spécialistes disent qu’« elles se distinguent pour la plupart par la sobriété de leur ligne et leur stylisation qui, quoique relativement prononcée, ne perturbe en rien une indéniable recherche de réalisme. Elles conjuguent ainsi la fidélité au sujet et la tendance à la simplification en vogue alors « .

L’artiste participe à de nombreuses expositions en Belgique et à l’étranger, se fait remarquer au Salon des Artistes Français à Paris en 1922 où il obtient une médaille d’honneur pour « Le Dromadaire « . On le retrouve à la Triennale d’Anvers puis à l’Exposition Universelle d’Anvers en 1930. C’est alors qu’il réalise douze éléphants de pierre pour orner le pont qui mène au Palais du Congo ainsi que pour les pavillons de la Marine, des Colonies et de l’Art Flamand.

1935, Exposition Universelle de Bruxelles, c’est un « Eléphant monumental « chevauché par des Noirs et coulé en béton qui ouvre le Pavillon du Congo ! Un « Eléphant monumental « qui se trouve actuellement à l’entrée du Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren.

A regarder avec plus d’attention donc, tout comme de nombreuses statues – dont un « Léopard assis « - disséminées dans les jardins du Zoo. Sans oublier celles qui sont exposées dans les musées d’Anvers et de Bruxelles.'

Lien de l'article: http://archives.lesoir.be/les-sculpteurs-animaliers-d-anvers-une-ecole_t-20110803-01HW2T.html?queryand=berkowitsch&firstHit=0&by=10&when=-1&begYear=1989&begMonth=01&begDay=01&endYear=2015&endMonth=06&endDay=21&sort=datedesc&rub=TOUT&pos=1&all=10&nav=1



'Le hangar aux trésors', Duplat Guy

La Libre, Jeudi 2 avril 2009


L’histoire est belle et le résultat étonnant. Un entrepreneur-démolisseur, Max Rosendor (1931-1996), a pendant des décennies conservé le petit patrimoine bruxellois, surtout Art Nouveau et Art Déco, qu’il découvrait sur ses chantiers et a ainsi accumulé une collection de 1 400 objets que ses enfants ont décidé de montrer et de vendre. Ces objets longtemps entassés dans sept lieux, sans référencement, ont été redéployés en un seul lieu, un grand hangar près du canal à Bruxelles.

Pas de chauffage, et la pluie ou la neige qui percent parfois la toiture. On pénètre dans une caverne d’Ali Baba, dans les trésors d’un brocanteur, dans les caves géantes d’une grand-mère oubliée. Sur 800 m2, on remarque des empilements de cheminées et de consoles de pierre ou de marbre, des balustrades d’escalier, de multiples barrières et garde-corps en fer forgé, des balcons, des grilles de soupirail, des marquises, près de 150 portes, des radiateurs en fonte, des lavabos, des cache-boulin (ces pièces qui couvrent les trous dans une façade, destinés aux échafaudages). Beaucoup de ces objets sont comme ceux qu’on découvre chez tous les brocanteurs ou dans les caves, mais d’autres sont de vraies surprises : des fers forgés Art Nouveau en fleurs stylisées ou en lignes "coup de fouet" et Art Déco, introuvables et infaisables actuellement, des portes Art Nouveau comme celles en "goutte d’eau" de la maison jumelée Govaerts (un des rares objets dont on a retrouvé la provenance) ou des vitraux, et même une verrière entière.

Une passion

C’est un vrai inventaire de toutes ces réalisations d’artisans de génie qui ont fait les maisons bruxelloises au début du XXe siècle. Avec cette collection, on plonge dans un Bruxelles disparu sous les bulldozers de la bruxellisation dans les années60.

L’histoire est belle. Né à Anvers, Max Rosendor s’est installé à Ixelles en 1955 comme garagiste. Mais en 1966, il rencontra un artiste ferronnier, Raymond Morales, qui vivait au sud de la France et qui l’initia aux beautés de cet art appliqué. Morales visita Bruxelles et fut émerveillé par la beauté des maisons, mais effaré aussi des démolitions qui saccageaient la ville. Il décida alors de changer de vie et de devenir entrepreneur-démolisseur et de sauver sur ses chantiers les pièces les plus intéressantes, à son estime, de ce petit patrimoine bruxellois. Il en avait le droit, d’autant qu’aucune de ces maisons n’était classée et qu’à cette époque, l’Art Nouveau et l’Art Déco étaient déconsidérés. Il sauvait en quelque sorte un patrimoine en disparition.

Cela devint une telle passion qu’il accumula 1400 objets, souvent de très grands formats, à Bruxelles, dans sept endroits, dans l’espoir de pouvoir leur donner un jour une seconde vie dans un musée en plein air.

Après sa mort subite en 1996, ses deux enfants, Alain et Diane Rosendor prirent le temps d’étudier cet héritage et décidèrent de le montrer et de le vendre. Ils s’en sont expliqués ce mardi. Ils ne voulaient pas laisser un héritage aussi volumineux à leurs propres enfants et ils voulaient d’autre part, en participant à la diffusion de ces objets dans le grand public intéressé, continuer l’œuvre de leur père en ramenant ce patrimoine au cœur des maisons bruxelloises.

La vente ne devrait pas rapporter beaucoup (on parle de 300000 euros au total, sous l’égide de l’antiquaire de la galerie "Au fil du temps", Sylvain Berkowitsch). Les prix variant de dizaines à plusieurs milliers d’euros selon chacun des éléments architecturaux. "Les objets ne sont pas évalués à leur valeur réelle car ils seraient impayables. On ne retrouverait d’ailleurs plus d’artisans capables de travailler ainsi", a indiqué Sylvain Berkowitsch.

Les pouvoirs publics bruxellois et les musées potentiellement intéressés sont déjà au courant et rien ne dit qu’ils n’achèteront pas quelques pièces plus rares et belles, mais, pour l’instant, personne n’a bougé.

En pratique

En avril prochain, le grand public pourra découvrir, et éventuellement acheter ces trésors oubliés, dans le bric-à-brac du grand hangar où ils sont stockés, 90, rue Navez à 1000 Bruxelles (quartier du pont Van Praet).

Des visites individuelles sont possibles les samedis 3 et 11 avril, à 11 h (réservation obligatoire au 02.563.61.53). L’ASBL Arkadia, spécialisée dans le patrimoine bruxellois, a été fort intéressée par cette collection et organisera des visites guidées pour groupes, qui expliquera l’origine des pièces, leur utilisation et leur valeur artistique, et rappellera les souvenirs de l’architecture bruxelloise (visites du 3 au 13 avril, réservations obligatoires auprès d’Arkadia, 02/5636160). "C’est un vrai jeu de piste dans la ville qui est passionnant à décoder. Cette collection rappelle la richesse du petit patrimoine qui forme la ville", estime l’ASBL Arkadia, qui tente de retrouver les origines de différents éléments architecturaux. Quant à la vente, elle se fait "de gré à gré", comme chez un antiquaire. Les professionnels ont une "preview" le 2 avril et puis sur rendez-vous. Le grand public pourra acquérir des pièces pour sa maison ou comme souvenir de ce Bruxelles Art Nouveau et Art Déco, chaque jour, du 3 au 13 avril, de 12h à 14h30. Une occasion rare.

Lien de l'article: http://www.lalibre.be/culture/arts/le-hangar-aux-tresors-51b8a626e4b0de6db9b56f0f


Article dans la presse écrite:


'Entrepreneur démolisseur récupérateur, Max Rosendor (1931-1996) a laissé à ses enfants un héritage extraordinaire composé de plus de 1.400 éléments d’architecture du Vieux Bruxelles, datant du XIXe siècle, de la période Art Nouveau ou Art Déco. Cette fabuleuse collection comportant de belles bribes de Bruxelles disposées dans un hangar où elles sont complètement décontextualisées laisse rêveur… Le puzzle urbain ne sera jamais terminé ni reconstitué, des pièces manquent, d’autres sont abîmées, non identifiées tandis qu’in situ la ville a endossé depuis belle lurette les habits de la modernité. Sauveur aujourd’hui d’un patrimoine qui fut pillé hier dans l’indifférence générale, telle est l’image de ce collectionneur de consoles, garde-corps, portes, grilles, lambris, cache-boulins, manteaux et cheminées, dallages, carrelages, soupiraux et autres vitraux. « Artiste en son genre » comme le qualifient volontiers ses enfants, Max le démolisseur fut-il le seul à voir la valeur de ce qu’on lui enjoignait de démolir ? Tout l’enjeu est là, à portée de main, tandis que le sort de cette caverne d’Ali Baba sera réglé après une dizaine de jours d’exposition, lors de la vente orchestrée par l’antiquaire Sylvain Berkowitsch de la galerie « Au fil du Temps ». À suivre et à décoder. L.E. En pratique : – Exposition-vente « Bruxelles redécouvert : La Collection Rosendor » du 3 au 13 avril, rue Navez 90, 1000 Bruxelles (quartier Pont Van Praet).'